Par le cheikh Mohamad Omrani
Les informations sur les attaques visant des mosquées font parfois état de têtes de cochon utilisées pour humilier et provoquer les musulmans. Ceux qui recourent à ces gestes semblent confondre l’interdiction de manger un animal avec la haine de cet animal, comme si le musulman était en conflit avec le cochon ou considérait que lui faire du mal pouvait plaire à Dieu. Cette confusion mérite d’être dissipée.
Le cochon est une créature de Dieu. Comme les autres animaux, il témoigne de la puissance du Créateur et du soin apporté à Sa création. Le Coran évoque Dieu comme Celui « qui a fait belle toute chose qu’Il a créée ». Notre regard sur la beauté de la création ne saurait donc se limiter à ce qu’il nous est permis de manger. Un animal dont la consommation nous est interdite ne mérite ni haine ni cruauté.
Le Coran inscrit aussi notre relation aux animaux dans une perspective qui dépasse leur utilité pour nous. Il affirme que « tous les animaux sur terre et les oiseaux qui volent de leurs deux ailes forment des communautés comme vous ». Ce sont des êtres qui partagent avec nous la vie sur terre, et non des objets dont nous pouvons disposer au gré de nos envies.
Nous nous abstenons de manger du porc conformément à cette parole de Dieu « Il vous a seulement interdit la bête morte, le sang et la chair de porc… » Mais une interdiction alimentaire ne nous autorise pas à être cruels. Le cochon n’a commis aucune faute qui justifierait de le punir. Notre religion ne nous demande pas d’en faire un ennemi.
L’attention que l’islam porte aux animaux se manifeste jusque dans l’abattage de ceux dont il permet la consommation. Le prophète Muhammad, que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui et sur sa famille, a dit « Dieu a prescrit la bienfaisance en toute chose. » Dans le même propos, il ajoute « Que chacun de vous aiguise sa lame et soulage l’animal qu’il abat. » Il s’agit de réduire la souffrance de l’animal et d’éviter de prolonger sa douleur avec une lame mal affûtée.
Parmi les pratiques de l’abattage, les juristes musulmans mentionnent le fait de proposer de l’eau à l’animal, de le traiter avec douceur et de tenir la lame hors de sa vue. Ils précisent aussi qu’il est déconseillé de l’abattre devant un autre animal de son espèce. Ces détails montrent que la permission de consommer sa chair n’efface pas le devoir de tenir compte de sa douleur et de sa peur. Quant à l’invocation du nom de Dieu au moment de l’abattage, les mots « Au nom de Dieu » suffisent. Nous pouvons y reconnaître un rappel de notre responsabilité devant le Créateur, qui nous autorise à bénéficier de certaines de Ses créatures dans les limites qu’Il a fixées.
Le Prophète a également interdit la mutilation, au sens de défigurer un corps ou de lui infliger des sévices. Il faut distinguer la préparation d’un animal pour l’alimentation de la cruauté envers lui ou de l’utilisation de ses restes pour assouvir une haine et humilier des personnes. Toute découpe d’un corps animal ne constitue donc pas une mutilation en ce sens. Mais transformer sa tête en message de haine contredit l’exigence de bienveillance et le respect de la personne humaine.
Lorsque nous dénonçons le dépôt d’une tête de cochon devant une mosquée, nous rejetons l’avilissement de l’animal, mais aussi l’intimidation des fidèles et l’atteinte à leur sentiment de sécurité. Notre réaction ne traduit pas une hostilité envers le cochon. Elle exprime le refus de voir son corps utilisé pour faire du mal à des êtres humains.
Que celui qui souhaite débattre de l’islam lise ses textes et dialogue avec les musulmans. Le cochon, lui, n’est pour rien dans nos désaccords. Nous ne mangeons pas sa chair, et nous n’avons pas besoin de le haïr pour être fidèles à notre religion.
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